L’acupression, ou digitopression, est une technique de la médecine traditionnelle chinoise qui consiste à presser avec le pouce ou l’index des points précis du corps, sans aiguille, pendant 1 à 3 minutes. Les essais cliniques la jugent utile surtout contre les nausées, et plus modestement contre certaines douleurs, l’anxiété et le mauvais sommeil.
Vous l’avez sans doute déjà pratiquée sans le savoir, en vous frottant les tempes quand la tête serre.
Ce guide fait le tri entre ce que la tradition promet et ce que la recherche a mesuré, puis vous montre comment pratiquer chez vous.
Sommaire
- Qu’est-ce que l’acupression ?
- Comment agit une pression sur un point ?
- Est-ce que l’acupression fonctionne vraiment ?
- Comment pratiquer l’acupression soi-même ?
- Une séance chez un praticien : comment ça se passe ?
- Précautions et contre-indications
- Quand consulter plutôt que presser ?
- Questions fréquentes
Qu’est-ce que l’acupression ?
L’acupression repose sur la même carte que l’acupuncture. Selon la médecine traditionnelle chinoise, une énergie vitale, le qi, circule dans le corps le long de canaux appelés méridiens. On en compte 12 principaux, chacun relié à un organe ou à une fonction, auxquels s’ajoutent 2 vaisseaux qui suivent la ligne médiane du dos et du ventre.
Les points se situent sur ces trajets. L’Organisation mondiale de la santé en a normalisé l’emplacement en 2008 : 361 points, chacun désigné par un code (PC6, LI4, HT7) compris des praticiens et des chercheurs du monde entier.
Un point d’honnêteté : les méridiens et la circulation du qi ne correspondent à aucune structure connue en anatomie. La recherche clinique pose donc une question plus simple : presser tel point soulage-t-il tel symptôme mieux qu’une pression faite ailleurs ?
Acupression, acupuncture, shiatsu, réflexologie : quelles différences ?
Plusieurs pratiques reposent sur des pressions, sans viser les mêmes zones ni relever du même cadre.
| Pratique | Avec quoi | Ce qui est stimulé | Qui la pratique en France |
|---|---|---|---|
| Acupression (digitopression) | Doigts, paume, outil à bout rond | Les points des méridiens, un à un | Vous-même, ou un praticien en techniques manuelles |
| Acupuncture | Aiguilles fines à usage unique | Les mêmes points, en profondeur | Des professionnels de santé formés, médecins en tête |
| Shiatsu | Pouces, paumes, étirements | Les méridiens sur tout le corps, version japonaise | Des praticiens de shiatsu, sans diplôme d’État |
| Réflexologie plantaire | Pouces | Des zones du pied censées refléter les organes | Des réflexologues, sans diplôme d’État |
| Tuina | Pressions, pétrissage, mobilisations | Points et muscles, dans un massage chinois complet | Des praticiens en médecine chinoise |
| Tapis à picots | Des centaines de pointes en plastique | Une large surface de peau, sans viser de point | Vous-même |
Le tapis d’acupression fonctionne donc autrement : ses picots stimulent toute une zone d’un coup. Pour l’adopter, voyez comment bien utiliser un tapis d’acupression.
Comment agit une pression sur un point ?
Personne ne sait l’expliquer entièrement. Trois pistes reviennent, et elles ne s’excluent pas.
La première est nerveuse. Appuyer stimule des récepteurs de la peau et du muscle. Le signal remonte vers la moelle épinière et le cerveau, où il peut freiner le message douloureux et favoriser la libération d’endorphines, les antidouleurs naturels de l’organisme.
La deuxième passe par le système nerveux autonome, qui règle le cœur, la respiration et la digestion sans que vous y pensiez. Une pression lente, tenue en respirant calmement, ralentit le rythme et relâche les muscles : c’est la piste du stress.
La troisième tient au contexte : prendre cinq minutes pour soi, attendre un soulagement. Cet effet est réel, et c’est pour l’isoler que les bons essais comparent l’acupression à une pression factice, faite à côté du point.
Ce détail aide à lire les études. Quand le vrai point bat la pression factice, l’emplacement compte. Sinon, c’est surtout le geste et le moment de détente qui agissent.
Est-ce que l’acupression fonctionne vraiment ?
Pour certains usages, oui, avec des effets modérés. Pour d’autres, les preuves manquent. Tout dépend donc de ce que vous en attendez.
| Usage | Ce que disent les études | Niveau de preuve |
|---|---|---|
| Nausées après une opération (point PC6) | Environ un tiers de nausées en moins qu’avec une stimulation factice, 77 essais | Faible, mais c’est l’usage le mieux étudié |
| Qualité du sommeil, insomnie | Score de sommeil amélioré de 13 à 19 % contre pression factice | Modéré |
| Anxiété avant un soin | Baisse immédiate contre pression factice, 5 essais regroupés | Faible à modéré |
| Lombalgie chronique | Meilleure autonomie qu’avec la kinésithérapie, un essai de 129 patients | Faible, faute d’autres essais |
| Douleur de l’accouchement | Légère baisse possible, 15 essais d’acupression | Faible à très faible |
| Perte de poids, tension artérielle | Effets minimes, surtout avec des points de l’oreille | Faible, sans intérêt pratique |
Contre les nausées, le résultat le plus solide
Le point PC6, sur la face interne du poignet, est le mieux étudié de tous. En 2025, une revue Cochrane a réuni 77 essais et 9 847 participants opérés. Stimulé sans aiguille, par pression ou par bracelet, il réduisait d’environ un tiers les nausées après l’intervention, et de 42 % les vomissements, comparé à une stimulation factice.
Les auteurs jugent leur confiance faible, car la qualité des essais varie, et ne relèvent que des effets indésirables mineurs, comme une rougeur de la peau.
Sommeil et anxiété : des effets modérés
Sur le sommeil, une méta-analyse de 2018 a retenu 32 essais. Comparée à une pression factice, l’acupression améliorait surtout le délai d’endormissement et la durée des nuits. Le point HT7, au pli du poignet, figurait dans la plupart des protocoles.
d’amélioration du score de qualité du sommeil avec l’acupression, comparée à une pression factice, au fil de séances répétées sur plusieurs semaines.
Waits et coll., 2018 : méta-analyse, 7 essais contre pression factice, 385 patients
Sur l’anxiété, les données portent surtout sur l’appréhension avant une opération. Dans une revue de 2015, cinq essais regroupés montraient une baisse immédiate de l’anxiété face à une pression factice, avec de gros écarts d’un essai à l’autre.
Douleurs : des essais encourageants mais peu nombreux
À Taïwan, 129 personnes souffrant de lombalgie chronique ont reçu un mois d’acupression ou de kinésithérapie. Le groupe acupression a gagné plus d’autonomie au quotidien : son risque de garder une gêne importante était réduit de 89 %, et l’écart tenait encore six mois plus tard.
Un essai, même bien mené, ne suffit pas à conclure. Pendant l’accouchement, une revue Cochrane de 2020 a analysé 15 essais d’acupression : elle pourrait réduire un peu la douleur, mais la certitude va de modérée à très faible selon les comparaisons.
Maigrir, faire baisser la tension : des effets trop faibles
Les listes de points « pour maigrir » ou contre l’hypertension promettent beaucoup. Les essais, menés surtout sur des points de l’oreille, ne montrent que des écarts modestes : rien qui remplace une alimentation adaptée ou un traitement.
Comment pratiquer l’acupression soi-même ?
Vous n’avez besoin que de vos mains et de quelques minutes au calme. Une revue de 2015 consacrée à l’auto-acupression a retenu 10 essais : tous rapportaient un bénéfice, sur les règles douloureuses, le sommeil, le stress, la fatigue ou les nausées, mais sur de petits effectifs.
Une séance d’acupression en cinq temps
S’installer
Asseyez-vous ou allongez-vous, épaules relâchées, et respirez lentement par le ventre une minute.
Repérer le point
Mesurez avec vos doigts, puis cherchez au toucher un petit creux, souvent plus sensible que la peau voisine.
Appuyer
Avec la pulpe du pouce, pressez fermement mais sans douleur, en pression fixe ou en petits cercles.
Tenir
Gardez la pression 1 à 3 minutes en respirant calmement, puis relâchez sans à-coup.
Changer de côté
La plupart des points existent à droite et à gauche : traitez les deux. Une à trois séances par jour suffisent.
Prenons le point PC6, celui des nausées. Posez trois doigts à plat sur l’intérieur de votre poignet, l’annulaire contre le pli. Le point se trouve sous l’index, entre les deux tendons qui saillent quand vous serrez le poing. Pressez une à deux minutes, puis passez à l’autre poignet.
Les autres points courants, utilisés contre les maux de tête, le stress ou les douleurs, sont présentés avec leur emplacement exact dans notre carte des principaux points d’acupression.
Quelle force, combien de temps ?
Dans les essais sur le sommeil, la pression atteignait 3 à 5 kg. Testez une fois en appuyant le pouce sur une balance de cuisine : c’est nettement plus qu’une caresse, sans rien de brutal.
Comptez 1 à 3 minutes par point, des deux côtés. Contre une nausée en voiture, une séance suffit. Pour le sommeil ou le stress, la régularité pèse davantage : trois à sept séances par semaine dans les protocoles étudiés.
Doigts, stylo, balle, bracelet : quels outils ?
Vos pouces restent l’outil le plus précis. Un stylo à bout arrondi ou une petite balle atteignent le dos ou la plante des pieds sans forcer sur les doigts, utile en cas d’arthrose des mains. Les pieds concentrent d’ailleurs plusieurs points courants, détaillés dans notre article sur l’acupression des pieds.
Les bracelets à bouton appuient en continu sur le point PC6 : ils font partie des techniques sans aiguille évaluées dans la revue Cochrane sur les nausées. Bracelets, stylos et tapis sont réunis parmi nos accessoires d’acupression, dont le tapis à picots pour les séances allongées.
Une séance chez un praticien : comment ça se passe ?
Chez un praticien, vous restez habillé, allongé sur une table de massage ou sur un futon. La séance commence par quelques questions sur votre santé et vos traitements, qui servent aussi à repérer les contre-indications.
Le praticien enchaîne ensuite les pressions le long des méridiens, parfois avec des étirements ou un massage des zones tendues. Comptez environ une heure. Plusieurs séances sont souvent proposées pour un même motif.
Qui peut pratiquer l’acupression ?
Vous, d’abord : l’acupression sur soi ne demande aucun diplôme. En cabinet, l’acupression et le shiatsu ne sont pas des professions de santé réglementées en France. Il n’existe pas de diplôme d’État, seulement des formations privées de durée très variable.
L’acupuncture, elle, est un acte médical, réservé aux professionnels de santé formés. Demandez au praticien quelle formation il a suivie, et méfiez-vous de quiconque vous conseille d’arrêter un traitement.
Ces séances ne sont pas remboursées par l’Assurance Maladie ; certaines mutuelles prévoient un forfait annuel pour les médecines dites douces.
Précautions et contre-indications
Pratiquée avec douceur, l’acupression est sûre. Dans les essais, les incidents se limitent à une rougeur, une irritation ou une sensibilité passagère du point. Quelques situations demandent pourtant de la prudence.
Pendant la grossesse, plusieurs points, dont celui entre le pouce et l’index et celui situé au-dessus de la cheville, sont traditionnellement évités, car réputés favoriser les contractions. Parlez-en à votre sage-femme avant de pratiquer.
Sur une peau abîmée, n’appuyez pas : plaie, brûlure, eczéma, grain de beauté, varice ou bleu. Même chose sur une zone enflée et chaude, ou en cas de fièvre.
Avec des os fragiles (ostéoporose sévère, fracture récente) ou peu après une opération, demandez l’avis de votre médecin. Sous anticoagulant, restez léger : les bleus viennent vite.
Avec un stimulateur cardiaque ou un défibrillateur implanté, n’utilisez aucun stylo à courant électrique sans avis médical. La pression des doigts, elle, ne pose pas de problème.
Chez l’enfant, restez léger et bref. Et si un point fait plus mal que ce que vous vouliez calmer, arrêtez.
Quand consulter plutôt que presser ?
L’acupression accompagne, elle ne remplace aucun diagnostic ni traitement. Consultez votre médecin si une douleur dure plus de quelques semaines, si vos maux de tête changent de nature, si des nausées s’accompagnent de vomissements répétés ou si vos nuits restent mauvaises plus de trois mois.
Certains signes demandent un avis le jour même, ou un appel au 15 : douleur dans la poitrine, mal de tête brutal et intense, faiblesse ou engourdissement d’un côté du corps, forte fièvre. Aucun point ne doit retarder cet appel.
Pour une maladie déjà suivie, comme la migraine, l’acupression peut compléter le traitement prescrit : voyez les points utilisés contre la migraine et ce qu’on peut en attendre.
Questions fréquentes
C’est quoi l’acupression ?
L’acupression est une technique manuelle issue de la médecine traditionnelle chinoise. Elle consiste à appuyer avec le pouce, l’index ou un outil à bout rond sur des points précis du corps, les mêmes qu’en acupuncture, mais sans aiguille. Chaque point est pressé 1 à 3 minutes pour apaiser une douleur, le stress ou une nausée.
Est-ce que l’acupression fonctionne vraiment ?
Pour certains usages, oui. Le résultat le plus solide concerne les nausées : stimuler le point PC6 du poignet en réduit environ un tiers après une opération, selon 77 essais. Les effets sur le sommeil, l’anxiété et certaines douleurs sont plus modestes. Pour maigrir ou faire baisser la tension, les effets mesurés restent trop faibles pour compter.
Quelle est la différence entre l’acupuncture et l’acupression ?
Les deux stimulent les mêmes points. L’acupuncture utilise de fines aiguilles plantées dans la peau et reste en France un acte réservé aux professionnels de santé formés. L’acupression se contente de la pression des doigts : elle est moins intense, sans risque d’infection, et vous pouvez la pratiquer seul chez vous.
Qui peut pratiquer l’acupression ?
Tout le monde peut la pratiquer sur soi, sans formation particulière, en respectant quelques précautions. En cabinet, l’acupression et le shiatsu ne sont pas des professions réglementées en France : il n’existe aucun diplôme d’État, seulement des formations privées. Renseignez-vous sur le parcours du praticien et tenez votre médecin informé.
Sources
Lee A. et al. (2025). Stimulation of the wrist acupuncture point PC6 for preventing postoperative nausea and vomiting: a network meta-analysis. Cochrane Database of Systematic Reviews, CD003281. DOI : 10.1002/14651858.CD003281.pub5
Waits A. et al. (2018). Acupressure effect on sleep quality: a systematic review and meta-analysis. Sleep Medicine Reviews, 37, 24-34. DOI : 10.1016/j.smrv.2016.12.004
Au D. W. et al. (2015). Effects of acupressure on anxiety: a systematic review and meta-analysis. Acupuncture in Medicine, 33(5), 353-359. DOI : 10.1136/acupmed-2014-010720
Hsieh L. L. et al. (2006). Treatment of low back pain by acupressure and physical therapy: randomised controlled trial. BMJ, 332(7543), 696-700. DOI : 10.1136/bmj.38744.672616.AE
Smith C. A. et al. (2020). Acupuncture or acupressure for pain management during labour. Cochrane Database of Systematic Reviews, CD009232. DOI : 10.1002/14651858.CD009232.pub2
Song H. J. et al. (2015). Effect of self-acupressure for symptom management: a systematic review. Complementary Therapies in Medicine, 23(1), 68-78. DOI : 10.1016/j.ctim.2014.11.002